
Ni les acteurs du secteur pétrolier ni l’État haïtien ne bénéficient de la hausse des prix du carburant, affirme un spécialiste du domaine. Renan Paul, qui compte plus de 30 ans d’expérience dans la distribution des hydrocarbures, indique que les ventes chutent fortement à chaque augmentation significative des prix à la pompe.
De ce fait, les importateurs, les distributeurs ainsi que l’État enregistrent une baisse de leurs marges.
Les trois principaux acteurs du secteur sont ainsi pénalisés, les consommateurs adaptant leur comportement face à la hausse des prix.
Au cours des cinq dernières années, la consommation de carburant a chuté de plus d’un tiers. Avant 2022, les distributeurs écoulaient plus de 21 000 barils de produits pétroliers par mois, selon M. Paul.
Dans un contexte économique difficile, les ménages et les automobilistes réduisent leur consommation afin de boucler leurs fins de mois.
Le spécialiste appelle par ailleurs les autorités haïtiennes à plus de transparence dans la gestion du secteur. Il s’interroge sur l’absence de baisse des prix au cours des trois dernières années, alors que le baril de pétrole était tombé à moins de 80 dollars.
Il souligne également que, durant cette période, le taux de change de la gourde par rapport au dollar était relativement stable, autour de 130 gourdes.
Les distributeurs en première ligne
Outre les consommateurs, les distributeurs figurent parmi les principales victimes de la hausse des prix. Les stations-service sont particulièrement touchées en raison de coûts de fonctionnement élevés.
Dans un contexte d’insécurité, elles doivent assurer une présence permanente d’agents de sécurité, tandis que les coûts de l’énergie ont fortement augmenté.
Selon M. Paul, une station doit vendre plus de 40 000 gallons de carburant par mois pour éviter les pertes. Malgré une marge de plus de 30 gourdes par gallon, l’équilibre financier reste difficile à atteindre.
De nombreuses stations ont fait faillite depuis la crise du carburant de 2021. Les opérateurs du secteur espèrent une amélioration de la situation sécuritaire et économique, qui continue de peser sur leurs activités.
Ils subissent à la fois des facteurs externes, comme les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, et des facteurs internes, dont l’insécurité et l’inflation.
Plaidoyer pour un renforcement des capacités de stockage
Pour faire face à la crise, Renan Paul préconise une augmentation de la capacité de stockage du pays. Selon lui, disposer de réserves couvrant six mois permettrait d’acheter des produits pétroliers à des prix plus avantageux sur le marché international.
Il appelle les autorités à réhabiliter les terminaux régionaux du Nord et du Sud, désaffectés depuis l’époque des Duvalier. Ces infrastructures permettraient, selon lui, non seulement d’accroître les capacités de stockage, mais aussi d’assurer une certaine stabilité des prix sur l’ensemble du territoire.
Le spécialiste souligne également que l’insécurité engendre des coûts supplémentaires pour les distributeurs, notamment le recours au transport maritime des camions-citernes. Ces charges additionnelles sont répercutées sur les prix à la pompe.
Selon lui, l’État haïtien pourrait mobiliser environ 40 millions de dollars pour développer ces infrastructures, ce qui contribuerait à une meilleure régulation du secteur et, à terme, à une baisse des prix du carburant.
LLM / Radio Métropole Haïti

