Haïti réitère sa demande de déploiement d’une force internationale d’appui à la PNH au Conseil de sécurité de l’ONU

397

le Ministre des affaires étrangères d’Haïti Jean Victor Généus  a réitéré, le jeudi 6 juillet son appel au Conseil de sécurité en faveur du déploiement de toute urgence d’une force internationale d’appui à la Police nationale d’Haïti (PNH), une demande reprise par la Représentante spéciale du Secrétaire général, qui a réaffirmé son soutien à l’envoi d’une force « robuste ». 

L’assassinat, il y aura deux ans demain, du Président Jovenel Moïse a plongé Haïti dans une crise politique profonde, exacerbée par une rupture sans précédent de la sécurité par des gangs armés criminels qui imposent un « régime de terreur et de violence » s’étendant désormais au-delà de la capitale Port-au-Prince, s’est alarmée Mme María Isabel Salvador, qui est également Cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH).  L’apparition de groupes d’autodéfense ajoute « une nouvelle couche de complexité » à la situation, alors que, depuis avril, les meurtres d’au moins 264 membres de gangs présumés ont été commis par de tels groupes, a-t-elle dépeint.

Parallèlement, la violence sexuelle, y compris les viols collectifs et les mutilations, continue d’être utilisée par les gangs pour terroriser les populations, a relevé la Représentante spéciale, selon laquelle cette violence a un impact délétère sur l’accès du peuple haïtien à l’éducation, à la nourriture, à l’eau et aux services de santé.  

Conséquence directe de ce chaos, la situation humanitaire continue de se détériorer, a constaté Mme Salvador, précisant que 5,2 millions de personnes, dont près de 3 millions d’enfants, ont urgemment besoin d’une aide humanitaire et d’une protection.  Haïti a aujourd’hui l’un des niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés au monde, tandis que l’accroissement de la violence à Port-au-Prince a entraîné le déplacement de près de 128 000 personnes, a encore indiqué la haute fonctionnaire.   

Face à ces violations systématiques, les autorités « manquent à leurs obligations de protéger et faire respecter les droits humains », a dénoncé Mme Marie-Yolène Gilles, de la Fondasyon Je Klere.  Selon elle, l’État n’a plus le monopole de la violence légitime, des zones entières étant contrôlées par des gangs parfois mieux armés que les forces publiques. De plus, la fermeture, entre 2021 et 2023, des tribunaux de Port-au-Prince a entraîné une forte hausse de la détention préventive illégale, s’est-elle émue, plaidant pour la création d’une unité spécialisée de lutte contre les gangs au sein de la PNH. 

« Haïti réclame, une fois de plus, le bénéfice de l’urgence », a lancé, dans ce contexte, le Chef de la diplomatie haïtienne, pour qui la « grande famille onusienne » ne peut continuer à ignorer la demande de l’un de ses États Membres en proie à de graves défis sécuritaires, politiques et humanitaires.  Lors de sa récente visite en Haïti, a rappelé M. Jean Victor Geneus, le Secrétaire général a réclamé à nouveau le déploiement rapide d’une force internationale robuste pour aider la PNH à combattre les gangs, appel qu’il a renouvelé le 4 juillet à l’occasion du sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté des Caraïbes (CARICOM). 

La PNH nous a directement fait part du manque de capacités et de technologie auquel elle est confrontée, a confié, de son côté, le Président du Comité 2653 du Conseil de sécurité, qui s’est rendu sur place à la mi-juin.  Il s’est par ailleurs déclaré convaincu que l’imposition de sanctions a été vécue par la population haïtienne comme une « première étape encourageante », avec un impact positif sur le plan sécuritaire, avant de préciser que la question du déploiement d’une force internationale d’appui à la PNH n’entrait pas dans le cadre de son mandat.

Malgré la multiplication des appels en faveur d’un tel déploiement, « aucun pays n’a annoncé le moindre acte concret », a observé la Chine, qui, à l’instar des États-Unis et de la Suisse, a recommandé de s’attaquer en priorité à la prolifération d’armes et de munitions dans le pays.  Nous devons cesser de répéter que faire cesser la violence impliquerait en premier lieu de tenir des élections, alors que l’organisation d’un scrutin demande des ressources sécuritaires que la PNH ne peut assumer sans appui international, a fait valoir l’Équateur.

Si la transition politique et la lutte contre les gangs doivent rester « sur des voies distinctes », les deux demeurent « inextricablement liées », a soutenu la Représentante spéciale.  L’amélioration de la sécurité et la poursuite du dialogue politique favoriseraient, à ses yeux, l’organisation d’élections, « étape cruciale sur la voie du rétablissement des institutions démocratiques ».  Elle a salué à ce sujet les progrès réalisés dans la mise en œuvre de l’accord de consensus du 21 décembre, notamment la tenue, en mai, d’un forum sous l’égide du Haut Conseil de transition réunissant l’ensemble des parties prenantes haïtiennes afin de discuter des réformes constitutionnelles, électorales et de gouvernance. 

Enfin, à l’approche de l’échéance du mandat du BINUH, Mme Salvador a demandé que des ressources adéquates lui soient allouées afin qu’il puisse s’acquitter efficacement de son mandat et aider Haïti à sortir de ces crises.  Elle a été appuyée par l’ensemble des délégations, tandis que le Ministre des affaires étrangères d’Haïti formait le vœu que ce renouvellement permette le retour de la stabilité politique et l’organisation d’élections « dès que les conditions sécuritaires et logistiques le permettront ». 

LA QUESTION CONCERNANT HAÏTI

Déclarations

Mme MARÍA ISABEL SALVADOR, Représentante spéciale du Secrétaire général et Cheffe du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), a rappelé que demain marquera le deuxième anniversaire de l’assassinat du Président Jovenel Moïse et que les responsables de ce crime odieux n’ont toujours pas été traduits en justice.  Son assassinat, a-t-elle déploré, a plongé Haïti dans une crise politique profonde, exacerbée par une rupture sans précédent de la sécurité, avec des gangs armés criminels imposant un « régime de terreur et de violence » dans la plupart des quartiers de Port-au-Prince.  Une situation aggravée par des crises humanitaire, socioéconomique et des droits humains dans tout le pays.  Comme l’a déclaré le Secrétaire général lors de sa récente visite dans le pays, il ne peut y avoir de sécurité durable sans un rétablissement des institutions démocratiques, elles-mêmes impossibles sans l’adoption de solutions politiques et sécuritaires pérennes. 

Malgré ce sombre tableau, la Représentante spéciale a relevé des progrès dans la mise en œuvre de l’Accord du 21 décembre, notamment la tenue, en mai, d’un forum sous l’égide du Haut Conseil de transition réunissant l’ensemble des parties prenantes haïtiennes afin de discuter des réformes constitutionnelles, électorales et de gouvernance.  Le forum, a-t-elle relevé, a adopté une déclaration conjointe comprenant un appel au déploiement d’un « appui international robuste à la Police nationale d’Haïti (PNH) ».  Mme Salvador a aussi souligné l’initiative de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) d’organiser, en juin en Jamaïque, une rencontre de son Groupe de personnalités éminentes avec des acteurs haïtiens.  Le Premier Ministre haïtien s’est ensuite engagé à rendre son cabinet plus inclusif, à élargir le Haut Conseil de transition et à accélérer la présentation des candidatures au Conseil électoral provisoire, s’est félicitée la haute fonctionnaire.  Elle a ajouté qu’à l’occasion de sa visite de solidarité, le Secrétaire général a insisté sur la nécessité d’aller de l’avant avec le dialogue national et réaffirmé son soutien au déploiement d’une force internationale robuste pour aider la PNH. 

Alors que la transition politique et la lutte contre les gangs doivent rester « sur des voies distinctes », les deux demeurent « inextricablement liées », a poursuivi la Représentante spéciale. L’amélioration de la sécurité et la poursuite du dialogue politique favoriseraient à ses yeux l’organisation d’élections, « étape cruciale sur la voie du rétablissement des institutions démocratiques ».  Bien que le secteur de la justice continue de faire face à de graves défis, l’adoption d’un décret contre la corruption, le blanchiment d’argent et le commerce illégal d’armes constituent des avancées positives, a-t-elle noté. 

La situation sécuritaire désastreuse en Haïti continue toutefois de se détériorer, la violence s’étendant désormais au-delà de Port-au-Prince.  L’apparition de groupes d’autodéfense ajoute « une nouvelle couche de complexité » à la situation, alors que, depuis avril, le BINUH a documenté les meurtres d’au moins 264 membres de gangs présumés par de tels groupes.  Parallèlement, la violence sexuelle, y compris les viols collectifs et les mutilations, continue d’être utilisée par les gangs pour terroriser les populations, s’est alarmée la Représentante spéciale, pour qui cette violence a un impact préjudiciable profond sur les droits économiques et sociaux du peuple haïtien, en particulier s’agissant de l’accès à l’éducation, à la nourriture, à l’eau et aux services de santé. 

La situation humanitaire se détériorer elle aussi, a constaté la haute fonctionnaire, selon laquelle 5,2 millions de personnes, dont près de 3 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire et d’une protection urgentes. Haïti a aujourd’hui l’un des niveaux d’insécurité alimentaire les plus élevés au monde, affectant quelque 4,9 millions de personnes.  De plus, l’augmentation de la violence dans la région métropolitaine de Port-au-Prince a entraîné le déplacement de près de 128 000 personnes, tandis que des inondations suivies d’un tremblement de terre ont fait 58 morts et touché 45 000 ménages, a-t-elle ajouté. 

Mme Salvador a par ailleurs indiqué que le Président du Comité des sanctions ainsi que le Groupe d’experts se sont rendus en Haïti en juin, de même que les dirigeants du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et du Programme alimentaire mondial (PAM), contribuant selon elle à susciter l’intérêt international pour la situation en Haïti.  À l’approche du renouvellement du mandat du BINUH, elle a demandé que des ressources adéquates lui soient allouées afin qu’il puisse s’acquitter efficacement de son mandat et aider Haïti à sortir de ces crises.  En ce moment critique, l’heure est à la solidarité internationale et à l’action immédiate, a-t-elle conclu. 

M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon), Président du Comité 2653 du Conseil de sécurité, a livré un aperçu de sa dernière visite en Haïti et en République dominicaine, qui s’est déroulée du 12 au 16 juin 2023. « L’objet principal de ma visite, selon le mandat approuvé par le Comité 2653, était d’obtenir des informations de première main sur la situation sur le terrain, à la suite des mesures de sanction imposées par l’ONU concernant Haïti. »  Il a indiqué que cette visite a permis de réaffirmer l’engagement du Comité 2653 et sa volonté d’œuvrer au rétablissement de la paix et de la stabilité en Haïti.  « Presque toutes les personnes avec lesquelles la délégation s’est entretenue à Port-au-Prince se sont félicitées de l’adoption de la résolution 2653 (2022) et ont dit qu’elles soutenaient pleinement la pleine application du régime de sanctions de l’ONU. »  Il a ajouté que certaines personnes rencontrées ont indiqué espérer que d’autres individus seraient désignés par le Comité 2653.  La Police nationale d’Haïti (PNH), a-t-il dit, nous a directement fait part du manque de capacités et de technologie auquel elle est confrontée. Les perspectives d’une force multinationale qui aiderait à rétablir la paix et la sécurité en Haïti ont aussi été évoquées, a-t-il poursuivi.  « J’ai répondu que cette question n’entrait pas dans le cadre du mandat que le Comité 2653 m’avait confié pour ma visite. »  Enfin, il a estimé que l’adoption de la résolution 2653 (2022) a été une initiative bien accueillie et que le peuple haïtien conçoit l’imposition de sanctions comme une « première étape encourageante », avec un impact positif sur la situation en matière de sécurité.

MARIE-YOLÈNE GILLES, de la Fondasyon Je Kelere (FJKL), a dit représenter une organisation haïtienne qui prépare les citoyens et citoyennes à participer à la vie publique pour le renouvellement d’un État-nation fondé sur les droits humains et le développement durable.  À cet égard, elle a regretté que les autorités de l’État manquent à leurs obligations de protéger et faire respecter les droits humains dans le pays, alors que les libertés fondamentales sont grandement menacées par la prolifération des gangs.  Depuis plus de deux ans, a-t-elle témoigné, il est très difficile d’atteindre le grand sud d’Haïti par voie terrestre en partant de Port-au-Prince, les gangs enlevant, violant, rançonnant et bastonnant les personnes qui empruntent la route nationale.  De fait, la population ne peut plus circuler en sécurité d’une ville à l’autre, tandis que, dans la capitale, les habitants de plusieurs zones doivent fuir leur lieu de vie pour s’installer sur des places publiques.  Face à cette situation, l’État n’a rien fait pour réinstaller les déplacés et les tribunaux de la capitale sont fermés depuis juin 2021. Certes, a-t-elle nuancé, des audiences correctionnelles et criminelles ont recommencé à être organisées en juin, mais sans jury.  Il s’en est suivi une nette augmentation de la détention préventive illégale, au point que, sur une population carcérale de 11 802 détenus, seulement 1 820 ont été effectivement condamnés. 

Dans ce contexte, des crimes sont commis tous les jours dans la plus totale impunité, a dénoncé Mme Gilles, précisant que, de juillet 2021 à aujourd’hui, plus de 2 929 personnes, civils et policiers confondus, ont été exécutées dans les rues, chez elles ou dans leur zone de résidence.  L’État n’a plus le monopole de la violence légitime, des zones entières étant contrôlées par des gangs armés qui sont, parfois, mieux armés et mieux équipés que les forces publiques.  Selon la représentante, plus de 155 foyers de gangs armés sont actifs sur l’ensemble du territoire national, dont 26 dans la seule ville de Port-au-Prince.  La situation est telle que près d’un tiers du pays est contrôlé par des gangs armés, a-t-elle souligné, avant d’évoquer le sort des femmes.  Faisant état de viols collectifs, notamment ces deux dernières années à Cité-Soleil, Butte-Boyer, Canaan, Source Matelas, Carrefour Feuilles et Petite-Rivière de l’Artibonite, elle a indiqué que rares sont les jeunes filles kidnappées qui n’ont pas été battues, maltraitées et violées.  Des scènes odieuses sont parfois publiées sur les réseaux sociaux par des bandits armés apparaissant à visage découvert « comme pour défier les forces de l’ordre qui assistent impuissantes à la montée vertigineuse de ces actes de cruauté », s’est-elle indignée. 

Face à ces violations systématiques des droits et des libertés, Mme Gilles a appelé à intensifier la lutte contre la corruption.  Outre le scandale des fonds PetroCaribe, dont les gestionnaires ne sont toujours pas jugés, elle a dénoncé l’absence de déclaration de patrimoine de 93% des députés et sénateurs à leur sortie de fonction.  La représentante a donc recommandé au Conseil de sécurité d’aider Haïti à renforcer sa gouvernance politique par la réforme de l’État, la réforme de la constitution et la création d’un climat sûr et stable pour l’organisation d’élections « correctes et propres ». Elle a aussi plaidé pour la création d’une unité spécialisée de lutte contre les gangs armés au sein de la Police nationale d’Haïti (PNH) et la tenue de procès exemplaires, notamment concernant les fonds PetroCaribe, les massacres de La Saline, de Carrefour Feuilles, de la plaine du Cul-de-Sac et de l’Artibonite, et les cas de viols. 

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), M. ANDREW HOLNESS, Premier Ministre de Jamaïque, s’est déclaré gravement préoccupé par la détérioration rapide de la crise alimentaire en Haïti.  Le plan de réponse humanitaire international doit être amplement financé, a-t-il exhorté, constatant que la situation humanitaire est encore aggravée par la crise sécuritaire, liée notamment à la circulation illicite d’armes et de munitions et à la violence des gangs.  L’insécurité a entraîné une montée de la justice d’autodéfense, qui menace d’intensifier la flambée de violence déjà alarmante et de saper les efforts visant à trouver une solution durable aux défis humanitaires, politiques et sécuritaires, a prévenu M. Holness. 

À ses yeux, toute solution doit être globale, axée à la fois sur les défis sécuritaires et socioéconomiques, et dirigée par les Haïtiens eux-mêmes. Toute solution doit être libre de toute influence géopolitique ou opportunisme politique, a-t-il poursuivi, mettant en garde la communauté internationale contre une forme de lassitude concernant Haïti.  Le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) doit être suffisamment équipé pour fournir un appui solide à la Police nationale d’Haïti (PNH) afin qu’elle puisse lutter contre la montée de la violence et rétablir l’ordre, a-t-il encore plaidé, avant d’inviter le BINUH à travailler en étroite collaboration avec Haïti pour veiller à ce que son mandat réponde aux besoins et aux priorités du peuple haïtien.

La CARICOM, a ajouté M. Holness, a créé le Groupe de personnalités éminentes pour travailler avec les parties prenantes nationales haïtiennes, la société civile et tous les partenaires, en vue de réaliser un dialogue intra-haïtien inclusif.  L’objectif est d’élargir le consensus autour d’une voie déterminée par Haïti vers la paix, la stabilité et la démocratie.  À cette fin, le Premier Ministre a demandé au Gouvernement haïtien d’honorer les engagements pris et aux parties prenantes de coopérer.  Il a dit attendre de nouveaux progrès sur le front politique, indiquant que le Groupe de personnalités éminentes se rendra en Haïti la semaine à venir.  Assurant que la CARICOM continuera d’offrir à Haïti une aide humanitaire ainsi qu’une assistance en matière sécuritaire et électorale, il a appelé la communauté à aider le peuple haïtien à trouver une solution durable. 

M. ANDRÉS MONTALVO SOSA (Équateur) a estimé que la question d’Haïti est centrale pour préserver la confiance dans l’ONU et le multilatéralisme.  À cette aune, il a salué la visite « de solidarité » du Secrétaire général en Haïti, le 1er juillet, ainsi que les récents déplacements d’autres hauts fonctionnaires de l’Organisation.  Le peuple haïtien attend maintenant des actions concrètes du Conseil de sécurité, qui a renforcé le BINUH l’an dernier en adoptant la résolution 2645 (2022). Cependant, a prévenu le représentant, la vitesse à laquelle la situation sécuritaire et humanitaire se détériore dépasse les capacités institutionnelles de toute mission politique spéciale. Chargé de soutenir la stabilité politique et la bonne gouvernance, le BINUH a favorisé selon lui l’élargissement du dialogue haïtien et appuyé les efforts visant à mettre en œuvre les engagements politiques.

Pour le représentant, il faut cesser de répéter la « contradiction » selon laquelle prendre des mesures concrètes impliquerait en premier lieu d’organiser des élections.  En effet, l’organisation d’un scrutin demande des ressources sécuritaires que la Police nationale d’Haïti (PNH) ne peut assumer sans appui international.  À cet égard, a-t-il rappelé, le Secrétaire général a recommandé en dernier recours, dans sa lettre du 8 octobre 2022, un « engagement plus robuste de la part des Nations Unies, sous la forme d’une opération de maintien de la paix, si aucune mesure décisive n’est prise d’urgence par la communauté internationale ».  Ajoutée à la note préparée par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), l’action du Conseil est essentielle si l’on veut éviter des répercussions sans précédent en Haïti et dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes, a-t-il conclu.

M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a condamné la violence sexuelle en cours en Haïti et a déploré l’impact de la crise sur les femmes et les filles.  Il a relevé que la violence des gangs empêche la fourniture des services essentiels tels que les services de santé et d’éducation, avant de rappeler que les États-Unis avaient alloué 110 millions de dollars à Haïti sous forme d’aide humanitaire cette année. 

Le représentant a fait observer que la prolifération des armes est un obstacle à la résolution de la crise.  C’est fort de ce constat que les États-Unis sont engagés à lutter contre la propagation des armes légères et de petit calibre.  Ils ont aussi créé un service qui collabore avec la police haïtienne pour poursuivre les responsables des principales violations de droits de l’homme. Le représentant a rappelé que la population haïtienne avait demandé l’aide de la communauté internationale, et que cette demande avait été appuyée par le Secrétaire général de l’ONU lors de sa visite dans le pays le 1er juillet dernier.  Les États-Unis soutiennent le déploiement d’une force internationale en Haïti, afin d’appuyer le travail de la police nationale, a conclu le représentant. 

Pour M. MICHEL XAVIER BIANG (Gabon) qui s’exprimait au nom des A3 (Gabon, Ghana, Mozambique), la situation alarmante et la crise multiforme que traverse Haïti sont bien connues de ce Conseil.  Le peuple haïtien a besoin aujourd’hui d’une action urgente, concertée, ciblée et orientée vers la transformation du quotidien des populations.  Il faut mettre en œuvre le plan de réponse humanitaire estimé à 720 millions de dollars afin de secourir les 600 000 Haïtiens dans le besoin. 

Sur le plan politique, les A3 encouragent les efforts de dialogue inclusif pour parvenir au consensus le plus large et le plus représentatif possible sur la tenue d’un forum politique national.  Le représentant a pris note de l’appel adressé au Conseil de transition pour qu’il mette en place un groupe d’experts pour réviser la Constitution ainsi qu’un conseil électoral provisoire. 

Rappelant les bons offices des organisations régionales en Haïti, le représentant a demandé que ces actions accompagnent la volonté des Haïtiens à prendre en main leur destin.  Pour les A3, il est fondamental de lutter contre la violence afin de restaurer l’autorité de l’État, de réhabiliter les acteurs économiques, d’endiguer les violations des droits de l’homme, de restaurer les systèmes scolaires et de santé et de relever l’économie.  Les A3 souhaitent la désignation d’un expert des Nations Unies sur les questions des droits de l’homme. 

Le représentant a appelé à financer le programme de soutien à la police haïtienne pour assurer la sécurité de la population et a déploré que seuls 17 millions de dollars aient été recueillis à ce jour.  Il a aussi appelé à appuyer davantage le secteur de la justice, déplorant l’inaboutissement de certaines affaires judiciaires classées sans suite.  La sécurité alimentaire des enfants doit être prise à bras-le-corps pour éviter qu’elle ne dégénère et que ces effets durables ne s’étendent. 

Les A3 soutiennent les initiatives du Secrétaire général visant à inscrire Haïti parmi les pays qui ont besoin d’aide d’urgence.  Les actions doivent viser à redonner à Haïti la capacité à produire, à offrir des perspectives d’emploi pour les jeunes, pour qui l’émigration ne doit plus être le seul espoir de salut, et pour permettre au pays de répondre aux catastrophes naturelles et aux épidémies qui menacent cycliquement son tissu social.  Le représentant a appelé les bailleurs de fonds à renforcer leur engagement envers Haïti dans le cadre d’actions coordonnées et durables.  En dépit de la crise multiforme qui sévit en Haïti, ce pays ne doit absolument pas être oublié, a-t-il conclu. 

Mme AMEIRAH OBAID MOHAMED OBAID ALHEFEITI (Émirats arabes unis) a souligné le cycle de violence sans précédent que connaît Haïti.  La crise alimentaire, aggravée par les conséquences des changements climatiques, est aiguë et attise l’instabilité, a fait observer la représentante, qui a demandé une action audacieuse et immédiate pour remédier à la situation dans le pays.  La priorité doit être la lutte contre la violence, a-t-elle ajouté, en demandant la pleine application des sanctions.  Elle a demandé que les auteurs de violence sexuelle soient traduits en justice.  Enfin, elle a appuyé le mandat du BINUH et souligné le rôle clef de ce dernier dans la promotion du dialogue intra-haïtien.

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a exhorté la communauté internationale à se mobiliser de toute urgence pour Haïti, appelant au déploiement d’une force en appui à la Police nationale d’Haïti (PNH), y compris via un engagement plus robuste des Nations Unies sur le terrain.  Les Haïtiens appellent la communauté internationale à l’aide et, collectivement, nous devons être à la hauteur, a—t-il affirmé.  Le représentant a appelé à agir maintenant, « au risque de constater, pour les générations à venir, les séquelles de la violence et du délitement social ».  Il a encouragé un dialogue politique inclusif, invitant les parties à dépasser les intérêts personnels et à faire preuve d’esprit de responsabilité.  Selon lui, l’objectif demeure l’organisation d’élections démocratiques lorsque les conditions sécuritaires seront réunies. Dans cette perspective, il a encouragé les acteurs politiques haïtiens à s’accorder sur la nomination d’un Conseil électoral provisoire inclusif. 

Deux ans presque jour pour jour après l’assassinat du Président Jovenel Moïse, il est impératif de renforcer la lutte contre l’impunité en Haïti, a poursuivi le représentant.  Il a appelé le Conseil de sécurité à rapidement adopter de nouvelles sanctions contre les criminels qui brutalisent la population haïtienne.  Il a promis que la France restera engagée pour faciliter l’aide humanitaire, en particulier sur les plans sanitaire et alimentaire.  Les pays de la région peuvent jouer un rôle déterminant, a-t-il souligné, avant de saluer l’engagement de la CARICOM en faveur d’Haïti, ainsi que les actions de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).  Le renouvellement du mandat du BINUH est une occasion de marquer notre détermination, a-t-il ajouté, indiquant que la France soutient son renforcement, en particulier sur le plan de la sécurité et de la justice. 

M. SÉRGIO FRANÇA DANESE (Brésil) a exprimé sa préoccupation face à la détérioration continue des droits humains, de l’insécurité alimentaire et de la violence des gangs, qui affecte aujourd’hui tous les aspects de la vie à Port-au-Prince, une situation que vient encore compliquer l’émergence des groupes d’autodéfense.  Il est, à ses yeux, évident que la Police nationale d’Haïti (PNH) ne dispose pas de l’expertise et des ressources nécessaires pour faire face à ces défis, malgré la multiplication des appels au déploiement d’une force d’appui internationale. Le rétablissement de l’ordre institutionnel demande un consensus politique national, a-t-il dit, se félicitant à cet égard de l’appui au dialogue lancé par la CARICOM et de l’engagement du Premier Ministre haïtien à mettre en place un gouvernement d’unité nationale, procéder à la nomination d’un conseil électoral provisoire et élargir la composition du Haut Conseil de transition. 

Le représentant s’est dit confiant que le régime de sanctions adopté l’an dernier par le Conseil permettra de couper les liens qui existent entre l’élite politique et économique haïtienne et les gangs, tout en prenant note de la récente visite du Comité des sanctions créé par la résolution 2653 (2022). Alors que se poursuivent les négociations en vue du renouvellement du mandat du BINUH, il est vital selon lui d’en augmenter les ressources et les capacités sécuritaires, en tenant compte des aspirations des parties prenantes haïtiennes.  Enfin, face à l’escalade des crises dans le pays, le délégué a jugé impérative une réponse humanitaire conséquente. 

Mme ALBANA DAUTLLARI (Albanie) a dénoncé la violence et l’impunité des gangs en Haïti.  Le Conseil doit répondre aux appels à l’aide, a affirmé la représentante, en rappelant que le premier défi à régler est celui de l’insécurité.  Elle s’est dite favorable au déploiement d’une force internationale pour épauler la police, afin de démanteler les gangs et rétablir l’ordre.  La communauté internationale doit coopérer avec les parties prenantes haïtiennes, a-t-elle ajouté, avant d’exhorter celles-ci à privilégier le dialogue. Elle a souhaité que puisse prévaloir un esprit d’unité nationale.  Enfin, elle a dit attendre avec impatience le renouvellement du mandat du BINUH.

M. DARREN CAMILLERI (Malte) s’est dit préoccupé par le nouveau cycle de violence entre les gangs et les groupes d’autodéfense et a dit craindre une autre escalade.  Les autorités locales étant dépassées, il a jugé que le Conseil doit user de toute son influence pour traiter des facteurs et des causes sous-jacentes de cette situation d’instabilité et d’insécurité.  La mise à jour de la liste des individus soumis aux sanctions peut contribuer à obtenir des résultats concrets sur le terrain, a-t-il poursuivi, en appelant le Conseil à travailler à la prévention des flux d’armes vers Haïti et à la poursuite judiciaire de ceux qui facilitent et bénéficient de cette situation.  Toute initiative, a-t-il averti, doit être assortie d’objectifs clairs et définis avec précision ainsi que d’un mandat réaliste et réalisable.  Il est important, a souligné le représentant, que les programmes humanitaires soient bien distincts. 

Inquiet de la situation humanitaire et des nombreux actes de violence sexuelle imputables aux gangs, le représentant a appelé la communauté internationale à renforcer les capacités des institutions haïtiennes de traduire en justice les auteurs de tels actes mais aussi de créer un environnement favorable aux enfants qui souffrent des violations de leurs droits.  Le représentant a conclu, en exhortant les autorités haïtiennes à élaborer une feuille de route inclusive et exhaustive pour le renforcement des institutions et de l’état de droit afin de favoriser la transition démocratique et un cadre électoral inclusif. 

Mme SHINO MITSUKO (Japon) a estimé que le rôle que joue le BINUH pour la paix et la sécurité en Haïti demeure essentiel, et c’est pourquoi le Japon soutient pleinement la prorogation de son mandat, qui arrive à échéance le 15 juillet. 

Selon la représentante, le travail du BINUH ne peut toutefois que compléter les efforts menés par les Haïtiens.  Les élections doivent se dérouler dans un cadre libre, équitable et transparent, avec une participation inclusive pour la stabilité à moyen et long terme d’Haïti, a—t-elle plaidé.  Elle a relevé que la réforme institutionnelle, en particulier dans les secteurs de la sécurité et de la justice, est également essentielle.  De même, des institutions solides, efficaces et dignes de confiance sont essentielles pour lutter contre la corruption et l’impunité. 

Le Japon poursuivra son soutien par des initiatives bilatérales et multilatérales, comme le Fonds commun des Nations Unies.  En outre, la participation active des organisations régionales est louable, a ajouté la représentante, qui a salué le fait qu’au cours des récentes réunions de l’Organisation des États américains et de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), il a été réaffirmé l’engagement en faveur de la sécurité, la démocratie, la promotion et la protection des droits de l’homme en Haïti.

M. ZHANG JUN (Chine) a déploré la détérioration de la situation en Haïti alors que l’impasse politique se poursuit sur fond de violence des gangs et d’insécurité alimentaire.  Il s’est dit favorable aux mesures collectives prises par les agences internationales afin de fournir une aide humanitaire à Haïti.  En l’absence d’un gouvernement « légitime », tout effort provenant de l’extérieur du pays est selon lui voué à l’échec.  La clef du succès consiste donc à faire avancer le processus de transition dans les meilleurs délais, tout en respectant les choix du peuple haïtien.  Il incombe par ailleurs aux partis politiques haïtiens de mener des consultations politiques afin de forger le plus large consensus possible au sujet de la transition et de créer les conditions propices à la tenue d’élections transparentes et régulières, a-t-il argué. 

Le représentant a dit espérer que le BINUH saura jouer son rôle conformément au mandat qui lui a été confié par le Conseil de sécurité.  Endiguer la violence des gangs est une condition essentielle pour atténuer la situation humanitaire et faire avancer le processus politique, comme le prévoit la résolution 2653 (2022), a-t-il relevé. Pour mettre un terme à la violence, il est essentiel que la communauté internationale contribue à la lutte contre les flux illicites et le trafic des armes, a ajouté le délégué, qui a noté que, malgré la multiplication des appels en faveur du déploiement d’une force internationale, « aucun pays n’a annoncé le moindre acte concret en ce sens ».  Dans l’attente d’une proposition « viable et tangible », le Conseil devrait selon lui prioriser des mesures d’embargo sur les armes, avec l’appui du peuple haïtien. 

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a déploré les affrontements entre les gangs et la population civile haïtienne, constatant que l’État n’est plus un recours contre l’insécurité.  Il a estimé qu’une solution de long terme en Haïti n’est possible que si un large consensus est forgé.  À cet égard, il a loué les efforts de médiation de la CARICOM et estimé que la situation actuelle découle de longues années d’ingérences extérieures. Le représentant a par ailleurs déploré le manque de progrès en ce qui concerne l’enquête sur l’assassinat du Président Jovenel Moïse, il y a deux ans.  Il a plaidé pour un appui international « raisonnable » et pour un renforcement des capacités du BINUH.  La priorité doit être la recherche d’une solution politique, a insisté le délégué. Enfin, après s’être dit favorable à l’inscription d’individus bien identifiés sur la liste des sanctions, il a jugé que le déploiement d’une « force étrangère » est loin d’être une panacée et a mentionné les voix en Haïti qui s’y opposent. « Il convient d’écouter ces voix, non pas les museler », a-t-il conclu. 

M. ADRIAN DOMINIK HAURI (Suisse) a demandé des mesures pour prévenir la prolifération illicite et le détournement d’armes et de munitions en Haïti. La Suisse est prête à travailler avec les autres membres du Conseil en vue d’une force de soutien à la Police nationale d’Haïti, a assuré le représentant, qui a condamné les violences sexuelles et basées sur le genre commises dans le pays.  Il est essentiel de renforcer les capacités du BINUH afin de lutter contre ce fléau, notamment par le biais de ressources humaines spécialisées additionnelles dans le renouvellement de son mandat, a-t-il ajouté. Les victimes et survivants de ces violences doivent bénéficier d’un accès aux soins et les personnes responsables doivent être jugées.  S’agissant des violations graves des droits de l’enfant, la Suisse soutient l’inclusion de mesures relatives à la protection de l’enfance dans le renouvellement du mandat du BINUH. 

L’accès à une assistance humanitaire sûre, rapide et sans entrave reste essentiel pour la population dans le besoin, a déclaré le représentant.  Il a souligné la nécessité de mettre en place des mécanismes d’alerte précoce ainsi que des systèmes agricoles résilients, afin d’atténuer l’impact des changements climatiques sur la sécurité alimentaire. 

Une réponse aux crises complexes affectant le pays ne pourra être trouvée que par le biais d’un dialogue intra-haïtien, a poursuivi le représentant, qui a encouragé la recherche du compromis par toutes les parties, afin de proposer une réponse politique collective et inclusive.  Il s’est également prononcé en faveur de la poursuite du dialogue régional.  Il a appelé au rétablissement de l’état de droit, notamment par le biais d’une réforme du système judiciaire et pénitentiaire, afin de lutter efficacement contre l’impunité et de poser les fondements d’une paix durable.  Ce conseil doit faire preuve d’unité dans le renouvellement du mandat du BINUH afin de lui permettre de remplir efficacement sa mission, a conclu le représentant.

M. JAMES KARIUKI (Royaume-Uni) a estimé qu’en plus d’être confronté à une grave crise sécuritaire, le peuple haïtien a besoin de stabilité politique. À cet égard, il a salué la récente réunion des parties prenantes organisée en Jamaïque par la CARICOM.  Il a dit espérer que le soutien régional encouragera les efforts nationaux en cours.  Le représentant a ainsi appelé tous les acteurs à s’engager de manière constructive pour préparer la tenue d’élections législatives et présidentielle inclusives, libres et équitables, dès que la situation sécuritaire locale le permettra.  Pour compléter les actions régionales et nationales, il importe également de s’assurer que le BINUH a les capacités pour s’acquitter de son mandat, a-t-il ajouté. Enfin, après avoir évoqué les discussions sur le renouvellement du mandat du BINUH qui auront lieu dans les prochains jours, il a assuré que le Royaume-Uni continuera de soutenir les efforts du Gouvernement haïtien et de la communauté internationale pour faire face à cette crise urgente.

M. JEAN VICTOR GENEUS, Ministre des affaires étrangères et des cultes d’Haïti, s’est félicité de la récente visite du Secrétaire général en Haïti, au cours de laquelle il a réclamé à nouveau le déploiement rapide d’une force internationale robuste pour combattre les gangs, appel renouvelé le 4 juillet dernier à l’occasion du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la CARICOM. Il a également noté que l’Expert indépendant des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en Haïti a lui aussi plaidé en faveur du déploiement d’une telle force, dressant un tableau très sombre de la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays. 

Haïti traverse actuellement une crise complexe sans précédent marquée par des défis sécuritaire, politique et humanitaire aigus, « qui ne manquent pas de choquer la conscience universelle », a déploré le Ministre. Près de la moitié de la population est affectée par l’insécurité alimentaire et la résurgence du choléra, une situation aggravée par des inondations et des séismes.  À l’approche du renouvellement du mandat du BINUH, les attentes du Conseil « n’ont pas été comblées », a-t-il reconnu, en espérant que le nouveau mandat du Bureau permettra le retour de la stabilité politique et l’organisation d’élections inclusives et transparentes, « dès que les conditions sécuritaires et logistiques le permettront ».  Après la mise en place du Haut Conseil de transition (HCT) et la reprise de la Cour de cassation, le Premier Ministre haïtien entend poursuivre le dialogue politique, le processus de nomination du conseil électoral provisoire, ainsi que la formation d’un gouvernement d’union nationale, a-t-il affirmé. 

« Haïti réclame, une fois de plus, le bénéfice de l’urgence », a poursuivi M. Geneus, pour qui la « grande famille onusienne » ne peut continuer à ignorer la demande de l’un de ses États Membres en proie à de graves défis sécuritaires, politiques et humanitaires.  Il a souhaité à cet égard un large consensus au sein du Conseil sur une résolution portant sur la situation en Haïti. L’ONU, par le biais du Conseil de sécurité, porte « la responsabilité morale d’empêcher le naufrage d’Haïti », a conclu le Ministre, en renouvelant la demande de son pays d’une assistance internationale robuste pour appuyer les efforts de la PNH dans sa lutte contre les gangs armés.

M. ROBERTO ÁLVAREZ GIL, Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine, a estimé qu’une réponse positive doit être apportée à la demande persistante du Premier Ministre haïtien de déployer une force multinationale pour appuyer la police nationale haïtienne.  « C’est la seule mesure qui permettra de rétablir la sécurité et de créer l’environnement nécessaire pour stabiliser le pays et permettre la tenue d’élections démocratiques », a-t-il estimé.  Pour le Ministre, le seul BINUH ne peut être une réponse à la crise que traverse Haïti aujourd’hui.  Il a souhaité que le consensus nécessaire puisse être atteint au sein de la classe politique haïtienne pour progresser vers la stabilité et la démocratie. 

Le Ministre a salué les récentes déclarations du Secrétaire d’État américain approuvant l’envoi d’une force internationale pour aider à stabiliser Haïti, estimant que « toutes ces initiatives visant à rétablir la sécurité et la gouvernance démocratique en Haïti sont nécessaires ».  Il a rappelé que le niveau d’insécurité en Haïti avait conduit de nombreuses entreprises à fermer définitivement leurs portes ou à limiter leurs opérations.  Nous sommes à un tournant en Haïti et c’est le devoir des élites haïtiennes de se montrer à la hauteur de la situation, a conclu le Ministre.

M. FRANÇOIS JACKMAN (Barbade), qui s’exprimait au nom du Groupe consultatif ad hoc sur Haïti du Conseil économique et social (ECOSOC), a appelé la communauté internationale à agir sans plus attendre pour aider Haïti à rétablir la sécurité et créer un environnement propice à la tenue d’élections libres et équitables.  Pour ce faire, a fait valoir le représentant, il convient d’endiguer les flux d’armes et de munitions, de renforcer la Police nationale d’Haïti (PNH), le système judiciaire et l’état de droit, de protéger les droits humains, de lutter contre les violences sexuelles et sexistes, de travailler au niveau communautaire pour réduire la violence et d’exercer une pression directe sur ceux qui fomentent la violence et l’instabilité par la mise en œuvre de sanctions.  Il a également prôné une approche globale comprenant des mesures urgentes en matière de sécurité, d’aide humanitaire et de développement, arguant que les actions immédiates visant à aider Haïti à rétablir la sécurité doivent s’accompagner d’efforts pour s’attaquer aux causes profondes de la violence dans le pays: l’extrême pauvreté, la corruption, l’impunité et la collusion entre les sphères politique et économique. 

Alors que les besoins en aide humanitaire ont doublé l’an dernier, le représentant a exhorté la communauté internationale à y répondre d’urgence dans le cadre du Plan de réponse humanitaire 2023, dont moins de 23% sont financés à ce jour.  Il importe aussi, selon lui, d’investir dans le développement durable d’Haïti afin de renforcer sa résilience, notamment celle de ses systèmes alimentaires.  Sur le plan politique, il a estimé que l’accord du 21 décembre et la mise en place du Haut Conseil de la transition sont des étapes qui permettent de construire un consensus national pour une transition inclusive et des élections transparentes.  Pour cela, a-t-il ajouté, il faut continuer d’encourager les parties prenantes haïtiennes à redoubler d’efforts pour garantir un dialogue politique national large et inclusif, incluant les femmes et les jeunes. Enfin, réaffirmant l’importance du soutien actif et de l’expertise des Nations Unies dans cette période critique, il a demandé au Conseil de renouveler le mandat du BINUH pour une période de douze mois.

Publicité