La situation politique demeure particulièrement confuse au sommet de l’État haïtien. En l’espace de quarante-huit heures, des annonces contradictoires, des apparitions publiques inattendues et des prises de position internationales ont alimenté le flou autour du statut du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, sur fond de divisions internes au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT).
Annonce de révocation à la Villa d’Accueil
Vendredi 23 janvier, à la mi-journée, lors d’une conférence de presse tenue à la Villa d’Accueil, les conseillers-présidents Edgard Leblanc Fils et Leslie Voltaire ont annoncé que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé aurait été démis de ses fonctions.
Selon leurs déclarations, cette décision résulterait d’une résolution adoptée par cinq voix sur sept au sein du Conseil présidentiel de transition.
Lors de cette même prise de parole, Leslie Voltaire a affirmé que la décision aurait été prise à l’issue de concertations avec ce qu’il a présenté comme une majorité d’acteurs politiques haïtiens. À ce stade, aucune communication publique émanant de partis politiques n’est venue confirmer ou infirmer formellement cette affirmation.
Fondements juridiques évoqués
De son côté, Edgard Leblanc Fils a invoqué certaines dispositions de l’Accord du 3 avril 2024 pour justifier la capacité du CPT à organiser une passation de pouvoir avant l’échéance du 7 février 2026, date marquant la fin de son mandat.
Toutefois, les modalités précises de cette interprétation, notamment en ce qui concerne la nomination éventuelle d’un nouveau chef de gouvernement durant la période transitoire, n’ont pas été clarifiées publiquement et continuent de susciter des interrogations.
Une apparition publique qui entretient le flou
Quelques heures après l’annonce de sa révocation, Alix Didier Fils-Aimé a été aperçu à la cérémonie de graduation de la 35e promotion de la Police nationale d’Haïti, aux côtés de trois membres du CPT : Emmanuel Vertilaire, Laurent Saint-Cyr et Frinel Joseph.
Cette présence officielle, dans un cadre institutionnel, a renforcé la perception d’un profond désaccord au sein de l’Exécutif et relancé les interrogations sur l’effectivité de la décision annoncée plus tôt dans la journée.
La veille, des rumeurs avaient déjà circulé autour de tensions inhabituelles à la Villa d’Accueil, notamment en lien avec des ajustements observés au niveau du dispositif de sécurité présidentielle. Aucun élément officiel n’est toutefois venu étayer l’hypothèse d’un acte institutionnel de rupture.
Réactions de la communauté internationale
Dans ce contexte, plusieurs partenaires internationaux ont réagi. Le Royaume-Uni et l’Organisation des États américains ont appelé à la retenue, à la responsabilité et à l’unité nationale, tout en soulignant la nécessité de préserver la continuité institutionnelle et de poursuivre les efforts en matière de sécurité.
Par ailleurs, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a réaffirmé le soutien de Washington au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, indiquant s’être entretenu avec lui et estimant que la stabilité du pays passe par un leadership cohérent dans la lutte contre l’insécurité.
Une autorité exécutive contestée
La participation conjointe, le même jour, du coordonnateur du CPT Laurent Saint-Cyr et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à la cérémonie de la Police nationale met en lumière une réalité institutionnelle troublée : malgré l’annonce d’une révocation, aucune clarification formelle ne permet, à ce stade, d’identifier sans ambiguïté qui détient effectivement le pouvoir exécutif.
À l’approche de l’échéance du 7 février, cette crise interne au sommet de l’État intervient dans un contexte sécuritaire et politique déjà extrêmement fragile, renforçant l’urgence d’éclaircissements institutionnels et de décisions juridiquement établies.






