Crise au Venezuela : le Conseil de sécurité de l’ONU divisé après l’intervention américaine

Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni en urgence, lundi 5 janvier à New York, pour examiner l’intervention militaire menée par les États-Unis au Venezuela, une opération qui a conduit, le 3 janvier, à l’arrestation du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores.

Cette action a suscité de vives réactions au sein de la communauté internationale. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, s’est dit « profondément alarmé » par cette intervention, qu’il a qualifiée de « dangereux précédent », soulignant qu’elle pourrait constituer une violation de la Charte des Nations unies et du droit international. Il a appelé à la retenue, à la désescalade et à un dialogue inclusif respectant la souveraineté du Venezuela.

Washington, pour sa part, a défendu l’opération, la présentant comme une « action chirurgicale d’application de la loi » visant des individus accusés de narcoterrorisme. Les autorités américaines estiment que Nicolás Maduro est impliqué dans des réseaux de trafic de drogue internationaux.

À l’inverse, la Russie, la Chine ainsi que plusieurs pays d’Amérique latine ont dénoncé une « agression » et une violation du droit international, estimant que les États-Unis ont outrepassé leurs prérogatives. En raison de ces profondes divergences, aucune résolution n’a été adoptée à l’issue de la réunion du Conseil de sécurité.

Dans le même temps, Nicolás Maduro a plaidé non coupable, lundi, devant un tribunal fédéral à New York, où il doit répondre à plusieurs chefs d’accusation liés notamment au narcotrafic.

Des réactions critiques et des craintes d’escalade régionale

Sur le plan analytique, le professeur Camille Chalmers, responsable de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), considère l’intervention américaine comme une double violation : du droit international et des dispositions légales internes des États-Unis. Selon lui, la lutte contre le trafic de drogue invoquée par Washington servirait de prétexte pour reprendre le contrôle des ressources stratégiques du Venezuela.

Au-delà du cas vénézuélien, plusieurs observateurs redoutent un embrasement de la région, notamment après les déclarations du président américain Donald Trump évoquant d’autres pays de l’hémisphère, dont Cuba et la Colombie.

Haïti appelée à la prudence diplomatique

Dans ce contexte tendu, la question de la position d’Haïti est également soulevée. Le professeur Joseph Harold Pierre, spécialiste des relations latino-américaines, a appelé les autorités haïtiennes à adopter une posture de neutralité face à la crise vénézuélienne.

Invité ce lundi à la rubrique Le Point de Radio Télé Métropole, il a rappelé que les États-Unis et le Venezuela ont une importance historique équivalente pour Haïti et que le pays n’a pas intérêt à s’aligner ouvertement sur l’un ou l’autre camp. Il estime par ailleurs que Nicolás Maduro a mal évalué sa situation politique et diplomatique en repoussant trop longtemps toute négociation avec Washington.

Un contexte régional scruté depuis Port-au-Prince

Alors que la crise vénézuélienne domine l’actualité internationale, Haïti traverse également une période charnière. La population reste attentive à l’échéance du 7 février prochain, date marquant l’expiration de l’Accord du 3 avril 2024. Le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections crédibles figurent parmi les principaux défis auxquels seront confrontés les dirigeants haïtiens.

Dans ce climat d’incertitude régionale et nationale, les évolutions au Venezuela et les rapports de force entre grandes puissances sont suivis de près à Port-au-Prince, tant pour leurs implications géopolitiques que pour leurs possibles répercussions diplomatiques.

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