
Depuis l’entrée en vigueur de la loi C12, qui impose des restrictions sur la politique migratoire canadienne, plusieurs dizaines de milliers de migrants haïtiens se retrouvent dans un flou juridique. Plus de 50 000 personnes, selon les statistiques, n’ont pas été autorisées à solliciter l’asile au Canada. Ces personnes ne peuvent toutefois être renvoyées en Haïti à cause de l’absence de liaison aérienne entre les deux pays.
La fermeture de l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince et l’absence de liaison avec le Cap-Haïtien, sont à la base de cet imbroglio. Cette situation inédite est rendue plus complexe en raison de la volonté exprimée par certaines personnes de rentrer en Haïti. Elles sont découragées ou dépitées et veulent retrouver leur proches confrontés à la crise sécuritaire.
Ces gens soutiennent avoir déjà arrangé leurs affaires mais attendent que les autorités canadiennes rendent les passeports. Cependant le gouvernement canadien n’envisage de remettre les passeports qu’au moment de l’embarquement dans un aéroport ou dans un point frontalier.
Un dilemme pour les demandeurs d’asile
M. François Jean Denis, consultant en immigration depuis 22 ans, révèle que ces personnes sont largement minoritaires. La grande majorité des demandeurs d’asile concernés par la loi C 12, souhaitent rester dans ce flou afin de poursuivre le combat pour obtenir un statut au Canada. Ces gens redoutent un retour en Haïti en proie à une grave crise sécuritaire. Pour l’instant aucune issue n’est envisagée.
M. Denis a eu des entretiens avec des personnes qui veulent rentrer en Haïti afin de rejoindre leur famille. Elles estiment que leur situation est précaire étant donné qu’elles ne peuvent avoir accès à des soins de santé en cas de maladie. D’autres personnes ayant exercé une profession aux Etats Unis considèrent également leur situation comme précaire. Les personnes ayant sollicité la protection du Canada doivent respecter les exigences du pays en cas de retour, a laissé entendre M. Denis.
Une arme à double tranchant
Le spécialiste en immigration a fait valoir qu’il est impossible que les gens qui veulent rentrer à Port-au-Prince transitent par un pays tiers. Les gouvernements étrangers refusent généralement d’autoriser le transit à des personnes refoulées les considérant comme un danger pour la sécurité nationale. Seule la réouverture de l’aéroport de Port-au-Prince permettra de clarifier la situation.
Toutefois M. Denis prévient que le retour de plusieurs personnes pourrait provoquer une évolution dans la loi sur l’immigration. Les autorités canadiennes peuvent considérer que la situation sécuritaire s’est améliorée en Haïti. Ce qui ouvrira la voie à l’expulsion des personnes concernées par le flou et désireuses de demeurer au Canada. De nombreux migrants, qui avaient sollicité sans succès la protection du Canada, se tournent maintenant vers le consulat d’Haïti à Montréal. Face à la ruée de migrants les consuls haïtiens ne semblent disposer d’aucun outil légal pour faire y face.
C’est un afflux massif de migrants haïtiens au cours des dernières années qui avait provoqué un durcissement de la politique migratoire canadienne. De nombreux bénéficiaires de visas d’étudiant et de visiteurs sollicitaient de manière systématique l’asile au moment de leur arrivée à l’aéroport. M. Denis rappelle que le Canada n’est plus un El Dorado pour les haïtiens.
LLM / radio Métropole Haïti

