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Les déplacés de Carrefour-Feuilles commencent à rentrer chez eux

Après trois années d’exil, plusieurs dizaines de familles déplacées de Carrefour-Feuilles, dans le sud de Port-au-Prince, regagnent progressivement leur quartier. Les premiers à revenir sont souvent ceux qui ont le plus souffert des conditions de vie dans les sites d’hébergement, marquées par la promiscuité et l’insalubrité. Une mère de famille, revenue avec son nouveau-né, explique qu’elle ne pouvait plus supporter de dormir à même le sol.

Malgré des échanges de tirs encore fréquents dans les environs, elle estime que la situation reste préférable à celle des camps de déplacés. Ces retours volontaires, encouragés par les autorités, s’effectuent toutefois dans des conditions précaires. Dans les secteurs repris aux groupes armés, la reprise des activités demeure limitée. Les habitants restent prudents et circulent peu dans les rues.

Autrefois centre commercial et culturel majeur du sud de la capitale, Carrefour-Feuilles porte aujourd’hui les stigmates de plusieurs années de violences. De nombreuses habitations et infrastructures sont détruites ou abandonnées. Plusieurs résidents comparent les dégâts causés par l’occupation des gangs à ceux d’un séisme.

Au-delà de la poursuite des opérations de sécurité, les habitants réclament des travaux de nettoyage et de réhabilitation afin de favoriser le retour des déplacés. Les services sociaux de base ne sont pas encore rétablis et la situation sécuritaire demeure fragile.

Les brigadiers maintiennent la vigilance

Si les groupes armés ont reculé sous la pression des forces de l’ordre, ils restent présents dans les secteurs voisins et les affrontements demeurent récurrents. Les brigadiers assurent la surveillance des rues reprises aux gangs et appuient les unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti dans la sécurisation des territoires reconquis. Les groupes armés avaient lancé leur offensive contre Carrefour-Feuilles en 2023 depuis leur bastion de Martissant.

Lors des premières attaques, policiers et brigadiers avaient opposé une forte résistance. Carrefour-Feuilles avait été l’un des premiers quartiers à s’organiser pour tenter de contenir l’avancée des gangs. Trois ans plus tard, ces brigadiers participent toujours aux opérations de sécurisation. L’un d’eux réaffirme sa détermination à poursuivre le combat tout en appelant l’État à mieux soutenir ces volontaires.

Ces jeunes, qui disent avoir refusé de rejoindre les groupes armés, patrouillent de jour comme de nuit aux côtés de la police afin de prévenir toute nouvelle offensive.

L’espoir d’un retour à la normale

Dans les secteurs sécurisés, les habitants tentent de reconstruire leur quotidien. L’entraide et la solidarité restent essentielles. Une résidente affirme avoir tout perdu lors de sa fuite et devoir repartir de zéro pour subvenir aux besoins de ses enfants. Tous les habitants interrogés expriment le souhait de voir revenir durablement la paix afin de permettre la reprise des activités commerciales et socio-économiques. « La priorité est de rétablir durablement la sécurité », souligne Etzer Jean, leader communautaire devenu défenseur des droits humains après les violences qui ont frappé Carrefour-Feuilles.

Il appelle les autorités à renforcer le dispositif sécuritaire en vue des prochaines élections. Selon lui, la réouverture des infrastructures publiques, notamment le lycée Fouchard et le marché Tunnel, constitue une étape indispensable. M. Jean estime que l’ensemble des habitants déplacés devraient pouvoir regagner leur quartier avant le scrutin et considère que l’État dispose des moyens nécessaires pour atteindre cet objectif.

LLM / Radio Métropole Haïti

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