Taux de change : Le difficile arbitrage

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Le 10 août dernier, lorsque la Banque de la République d’Haïti a annoncé sa décision d’injecter 150 millions de dollars sur le marché des changes, c’était pour répondre à une urgence : freiner la descente aux enfers de la gourde. En effet, le dollar prenait de l’altitude et la BRH était sur le banc des accusés ; leaders politiques, hommes d’affaires, simples citoyens, tous avaient une réflexion désobligeante vis-à-vis des dirigeants de la banque centrale qui, pour cause, ont la mission de protéger la monnaie nationale. A 125 gourdes pour un dollar, l’horizon était sombre, l’inflation grimpait et les ménages en payaient le prix fort. Le 26 Aout, alors que près de 40 millions de dollars avaient déjà été balancés sur le marché, la BRH est venue annoncer des sanctions contres deux banques commerciales, et là encore, le conseil était sur de poser de bonnes actions car l’objectif recherché était de stopper l’hémorragie surtout que l’institution était dans l’œil du cyclone ; des manifestations se tenaient devant ses locaux à la rue Pavée. Un mois après, l’on assiste à un revirement de situation ; le dollar chute plus vite qu’il s’était apprécié, on parle encore de dépréciation accélérée mais cette fois ce n’est pas celle de la gourde mais du billet vert. Si au début certains s’en réjouissaient, cette situation est vite devenue une source de préoccupation ; le stress change de camp. Ce ne sont plus ceux qui doivent compiler les gourdes pour acheter des dollars afin de payer leur loyer ou acheter un billet d’avion qui se plaignent. Les inquiétudes sont exprimées aujourd’hui par ceux qui reçoivent des transferts de l’étranger ou encore ceux qui avaient un salaire en devise étrangère. Mais l’appréciation de la gourde touche à de plus gros intérêts. Aujourd’hui, ce sont des patrons, responsables de grosses compagnies dans le domaine de la sous-traitance qui exposent leur calvaire et qui appellent au secours. Mettant en avant le risque de faillite s’il n’y a pas une correction rapide, ces investisseurs plaident pour la stabilité du taux de change. Justement la stabilité ; cette chute du dollar que les économistes ne peuvent toujours pas expliquer rationnellement a surpris plus d’un ; alors que le débat se poursuit, la BRH laisse dire et contemple le fruit de son travail en attendant que le marché trouve son équilibre et détermine lui-même la vraie valeur du billet vert selon les fondamentaux économiques. Mais à présent que des voix s’élèvent pour demander de stopper cette autre hémorragie, la banque des banques va-t-elle actionner un levier ? Dans quel sens réagir considérant que la grande majorité compte sur la chute du dollar pour avoir une baisse de l’inflation ? Comment trouver le taux réel si la BRH devra intervenir pour ralentir l’appréciation de la gourde ? Un arbitrage difficile qu’il faudra quand même faire car, dit-on, l’état doit veiller au bien être de chaque couche et de chaque catégorie de citoyens. Luckner GARRAUDJournaliste Radio/Télé Métropole