Un spécialiste émet des réserves sur les opérations policières 

L’expert en sécurité et défense, M. Ricardo Germain, soulève de nombreuses interrogations sur les opérations policières, de ces dernières semaines, ayant permis de déloger des gangs au Bel Air et dans d’autres quartiers du centre ville de Port-au-Prince.

Tout en insistant sur la nécessité de poursuivre ces opérations, le spécialiste presse les autorités haïtiennes à y apporter des améliorations afin de garantir leur efficacité.

Il recommande notamment la consolidation des espaces conquises.

Cet aspect est indispensable pour empêcher un éventuel retour des bandits.

De plus il exhorte les autorités à définir des mécanismes de protection de la population. En ce sens il faudra aménager des structures d’accueil des résidents fuyant ces quartiers.

Le spécialiste fait remarquer que nombre d’habitants de ces quartiers ne peuvent se rendre dans d’autres régions sous peine de lynchage .

Les forces de l’ordre doivent éviter au minimum les dommages collatéraux. Il prévient que chaque victime innocente peut créer 10 nouveaux insurgés.

Dans le même optique il préconise une communication plus efficace de la hiérarchie policière regrettant qu’aucun bilan chiffré des opérations n’ait été communiqué par les autorités policières haïtiennes. Seuls des bilans de confiscation ont été jusqu’ici présentés.

Appel à la vigilance 

Le spécialiste s’interroge également sur la stratégie des gangs. À son avis le silence des chefs de gang peut être interprété comme une stratégie d’économie des forces.

Il appelle donc à la prudence mettant l’accent sur la vigilance qui doit caractériser les forces de l’ordre.

Le spécialiste souligne qu’il faut à tout moment s’attendre à une réponse des criminels. À ses yeux le recul ne doit pas uniquement être considéré comme une fuite mais peut être un repli stratégique.

Interrogations sur la sécurisation des routes  

Le spécialiste émet également des réserves sur l’objectif de rouvrir les routes nationales avant le 7 février 2026. À son avis cet objectif n’est pas réaliste puisque les forces de l’ordre ne disposent pas d’effectifs suffisants pour rouvrir et sécuriser les centaines de kilomètres sur les trois routes nationales. Il considère que le délai pour la concrétisation de cet objectif est trop court.

M. Germain alerte également sur l’urgence d’une bonne coordination entre les diverses forces intervenant sur le terrain. Il rappelle que la Police civile haïtienne ne doit pas avoir préséance sur les forces armées. Dans le cadre de cette collaboration il juge néfaste la confusion entre les soldats, les policiers et les membres de la force étrangère.

Par ailleurs le spécialiste fait remarquer que la crise multiforme ne peut être résolue par des interventions armées. Il insiste sur la nécessité d’améliorer le cadre socio-économique en combattant la misère et la pauvreté.

Tout en combattant les insurgés il faut gagner les coeurs et les esprits, ajoute t-il.

LLM / radio Métropole Haïti 

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