Haïti / CCI : Gare à « une plus forte dépendance ! »

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Chavannes Jean Baptiste, porte-parole du Mouvement Paysan National du Congrès de Papaye (Hinche, Est) a réagi avec réserve et lancé des mises en garde après la récente réunion de Washington sur l’aide internationale à Haïti. « C’est un grand effort de la part du gouvernement » de pouvoir réunir diverses composantes de la communauté internationale autour de la question de l’aide à Haïti, mais « il ne faut pas crier trop vite que le mariage est beau ! », a déclaré le week-end écoulé Chavannes Jean-Baptiste sur les antennes de la radio locale Voix Paysanne, établie à Papaye et appartenant au mouvement paysan. Lors de la réunion des bailleurs de fonds, les 19 et 20 juillet, le gouvernement du Premier Ministre Gérard Latortue a reçu les promesses d’aide pour un montant de plus de 1,85 milliard de dollars. « C’est positif que des fonds importants soient rendus disponibles pour appuyer des projets de l’État haïtien », a admis Jean Baptiste, qui dirige également une commission gouvernementale sur la question paysanne. Mais, a-t-il ironisé, « cela m’amuse d’entendre le gouvernement clamer que les fonds promis vont permettre la reconstruction d’Haïti ». Le montant de 1,85 milliard n’est pas suffisant pour « la construction de toutes les routes, tous les ponts et pour rendre l’électricité disponible partout à travers le pays », a souligné Chavannes Jean Baptiste. Le dirigeant paysan croit cependant que, selon l’utilisation faite de la somme promise, le gouvernement pourrait œuvrer à la mise en place d’infrastructures urgentes. Par ailleurs, le sommet de Washington montre que la communauté internationale « a les yeux fixés sur Haïti », a relevé Jean Baptiste qui s’est interrogé sur le « pourquoi » de cet intérêt. « Tout le monde sait, a dit le porte-parole du MPNKP, que l’aide internationale n’est jamais innocente et se base sur les intérêts des institutions internationales, notamment la Banque Mondiale et le FMI », qu’il a qualifié de « gendarme ». La communauté internationale n’a pas changé et les fonds vont peut-être « entrer par une porte et sortir par une autre » pour revenir aux pays donateurs, a poursuivi Chavannes Jean Baptiste. « En général quand ils donnent 1 dollar, ils en attendent 3 ou 4. Ce sont toujours les pays pauvres qui aident les pays riches ». Chavannes Jean Baptiste a mis l’accent sur le fait qu’une partie des fonds représente d’éventuels « nouveaux prêts ». Or il serait préférable, selon lui « d’annuler la dette d’Haïti qui représente plus d’1,2 milliard de dollars ». Le dirigeant du MPNKP a critiqué l’absence du secteur paysan dans le processus de consultations qui a conduit à l’élaboration du Cadre de Coopération Intérimaire (CCI). Il s’agit-là, a-t-il dit, d’un dossier monté, « au nom du peuple », par des experts « dans des bureaux climatises pour la somme de 2 millions de dollars ». Il a qualifié le CCI de « bouillon réchauffé » englobant tous les plans conçus dans les années antérieures pour Haiti. Selon Chavannnes Jean Baptiste, le CCI est l’œuvre d’experts qui « pensent globalisation et mondialisation dans la perspective néolibérale, laissant de coté les paysans et la production nationale réelle ». Ce qui, va « renforcer la politique de mondialisation du capital au bénéfice des multinationales », a-t-il renchéri. Toutefois, Chavannes Jean Baptiste a exprimé l’espoir que « si des routes son construites, si des infrastructures électriques sont mises en place, si des écoles sont crées et si des hôpitaux sont construits, les paysans vont en bénéficier ». Mais, s’est-il interrogé, « les paysans auront-ils accès à la terre et au crédit agricole dans de bonnes conditions et quelle pourcentage des fonds va être investi dans des secteurs productifs réels en vue d’augmenter la production agricole et assurer l’autosuffisance alimentaire d’Haïti ? » La société haïtienne doit « se mobiliser et rester vigilante » pour que les fonds éventuels prêtés ou attribués à Haïti sous forme de don par la communauté internationale puissent servir au « développement durable et autonome » du pays. « Il ne faut pas que cet argent contribue à une plus forte dépendance d’Haïti ». D’autres paysans de la région de l’Est d’Haïti, consultés par AlterPresse, ont exprimé un sentiment mélangé d’espoir et de scepticisme, suite à la réunion de Washington. « De tout temps, l’aide accordée aux gouvernements nous réjouit, mais ça ne nous sert à rien », a déclaré à AlterPresse Rolvert Jean, directeur d’école communautaire. « Le pays a beaucoup de problèmes, si les choses s’amélioraient, ce serait à l’avantage de la société », a pour sa part souligné le maître d’école Jean Rospane. Les promesses faites par la communauté internationale à Haiti ont provoqué une forte vague d’optimisme dans la classe politique haïtienne et au sein du secteur privé. Les économistes ont cependant souhaité que les fonds ne soient pas débloqués en compte-goutte. Hinche (Haïti) 27 juillet 2004 , AlterPresse.

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