Haïti : Une école sur trois est cible de violence à Port-au-Prince

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Dans l’Aire Métropolitaine de la capitale haïtienne Port-au-Prince, une école sur trois est la cible d’actes de violence, et une école sur quatre est dysfonctionnelle, a révélé une évaluation menée entre avril et mai dans les quartiers défavorisés et difficiles d’accès de Cité Soleil, Croix-des-Bouquets, Delmas, Ganthier, Port-au-Prince Nord et Sud, Pétion-Ville et Tabarre.

Selon  un communiqué de l’UNICEF « Les écoles sont des temples du savoir d’où des milliers d’enfants viennent apprendre, jouer entre amis et bâtir leur avenir et celui de la nation. Les écoles ne doivent en aucun cas être la cible de violence ou servir de bases pour des groupes armés », a dit Bruno Maes, Représentant de l’UNICEF en Haïti.

Lors des violents affrontements qui ont opposé les groupes armés rivaux depuis le 24 avril dernier, au moins 92 civils ont été tués et 113 autres blessés. Près de 17 000 personnes ont été déplacées par la violence, estime l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Un demi-million d’enfants ont été privés d’éducation, selon le Ministère de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP).

Plus de 500 sur 976 écoles évaluées sont dysfonctionnelles ou inaccessibles tandis que 54 d’entre elles sont complètement fermées depuis plusieurs mois, en grande majorité à cause des rivalités entre groupes armés, des affrontements entre les gangs et la police, ou des problèmes d’accès des enseignants dans ces zones.

Près de 8 pour cent des écoles évaluées sont encore occupées par des bandes armées pour la plupart, et par des familles déplacées. A cause de l’insécurité, le nombre d’élèves dans les salles de classe est passé de 270.000 avant la crise sécuritaire en avril à 218.000 en mai. Environ, 55.000 enfants ne sont pas retournés à l’école.

Un directeur d’école sur cinq interrogé affirme que les routes menant à son école sont bloquées, en grande majorité par des groupes armés demandant des rançons pour le passage. Par ailleurs, deux écoles sur trois de 290 écoles évaluées ont été vandalisées, et ont perdu du matériel didactique, des archives, du mobilier et du matériels de direction.

« La fermeture des écoles rend les enfants plus vulnérables et plus exposés aux abus, à l’exploitation et au recrutement par les groupes armés. C’est le cercle vicieux de la violence qui conduit à la fermeture des écoles, qui elle, conduit les enfants dans les rues où ils sont facilement recrutés, ce qui plus tard va encore alimenter la violence », a déploré Maes.

L’UNICEF a accompagné le Ministère de l’éducation dans la réouverture d’écoles dans les zones vulnérables comme Martissant, La Saline, Cité Soleil, Bas-Delmas, Bel et Tabarre en distribuant des milliers de kits et matériels scolaires aux élèves, et en facilitant l’organisation de cours de compensation pour les élèves des lycées des zones sensibles pour rattraper les nombreux mois de cours perdus. 2100 familles vulnérables ont reçu une assistance financière de 30.000 gourdes haïtiennes chacune (environ 300 dollars US) durant l’année scolaire en cours pour les aider à faire face aux besoins urgents et à prévenir les abandons massifs.

A partir du 20 juin, plus de 200.000 élèves dont plus de 52% de filles, ont passé leur examen d’état de la 9e année fondamentale en Haïti. Pour faciliter la tenue de l’examen dans les zones vulnérables de la capitale, l’UNICEF et le Programme alimentaire mondiale (PAM) ont appuyé le MENFP pour la distribution de repas chauds à 10.000 enfants candidats.

L’UNICEF continue de répondre aux besoins croissants des enfants à Port-au-Prince et exhorte tous les acteurs concernés de s’abstenir de l’usage de la violence et de prendre des mesures pour restaurer un environnement d’apprentissage pacifique et sécurisé afin que tous les enfants commencent et finissent leur cycle scolaire.