Renforcer la sécurité climatique en Haïti : une urgence, selon l’ONU

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– Placer l’environnement comme élément inclusif et rassembleur pour créer des espaces-vie de réflexions et de dialogues intercommunautaires, et valoriser les initiatives citoyennes collectives visant à renforcer la sécurité climatique en Haïti pour la protection de l’environnement, l’épanouissement et le bien-être de ses filles et fils.

Chaque année, le 5 juin célèbre la Journée Mondiale de l’Environnement et inaugure en Haïti le mois de l’environnement. Une occasion essentielle pour rappeler l’urgence de la crise planétaire que constituent le dérèglement climatique, l’effondrement de la biodiversité et la déforestation, et les pollutions. La question environnementale est presque devenue anxiogène, alors qu’elle est le fondement même de la vie sur terre et de nos sociétés humaines. Les Objectifs du Développement Durable consacrent ainsi le caractère indissociable de l’environnement au côté de l’économie et du social comme piliers de notre résilience, de notre développement et de notre prospérité.

Dans ce contexte de crises multiples, il convient donc de rappeler plus que jamais que l’économie et la société haïtiennes dépendent de l’environnement, de conditions climatiques stables, de cycles biogéochimiques  équilibrés, d’écosystèmes en bonne santé pour fournir l’eau, les sols, la biodiversité qui sous-tendent l’extraction de bois, de fibre, de sable, la production alimentaire, la transformation, le transport et toute autre activité de service qui constituent le quotidien des Haïtiennes et des Haïtiens. La « Perle des Antilles » a ainsi été forgée et façonnée dans son environnement nacré, et son avenir y reste intimement lié.

Le dérèglement climatique bouleverse profondément ce jeu de risques et d’opportunités pour Haïti. Il est déjà une réalité quotidienne pour les Haïtiennes et les Haïtiens. Ouragans, inondations, sécheresses : les événements extrêmes qui se multiplient, ajoutés à la dégradation de l’environnement et aux profondes divisions sociales, mettent en péril l’économie, les infrastructures et les moyens de subsistance des communautés. La récurrence et la persistance de ces problèmes constituent une menace et un facteur aggravant de l’instabilité du pays, déjà confronté à des niveaux sans précédents de violence et d’incertitudes.

Il est aujourd’hui impératif que tous les acteurs de développement du pays s’unissent pour prendre en compte les impacts des changements climatiques dans les propositions de solutions susceptibles de sortir le pays et sa population de la crise actuelle et de les mettre sur la voie d’une paix et d’un développement durable. Haïti doit renouveler son pacte historique avec l’optimisme au sens d’Antoine de Saint Exupéry : « Un pessimiste fait de ses occasions des difficultés, et un optimiste fait de ses difficultés des occasions ».

Ainsi la considération de l’environnement dans tous les secteurs de développement contribuera à l’apaisement social en Haïti : les tensions sociales et politiques sont souvent exacerbées par des facteurs environnementaux, tels que la raréfaction des ressources naturelles, les pressions sur les terres agricoles, la vulnérabilité face aux catastrophes naturelles… Une gestion participative et une gouvernance inclusive des ressources naturelles, leur accès équitable, l’éducation environnementale, la sensibilisation aux enjeux climatiques et la connaissance et la mise en valeur systématique des multiples solutions fondées sur la nature et les services écosystémiques favorisent l’échange d’informations et la collaboration, contribuant ainsi à la médiation, l’apaisement et la prévention ou la résolution des conflits.

C’est pourquoi en tant que priorité nationale, l’environnement est constitutif du Cadre de Coopération signé par le gouvernement et les Nations Unies en avril. À travers ce document, les Nations Unies, en collaboration avec le Gouvernement et les autres partenaires, contribueront à réduire les risques multidimensionnels, à répondre aux causes structurelles des déficits de développement, à renforcer les institutions étatiques et à soutenir les réformes nécessaires. Et ce, afin de favoriser un changement transformateur aux niveaux économique, politique et social, une transition vers une stabilité, une cohésion et une paix sociales ainsi qu’un développement durable et digne pour toutes et tous en Haïti. C’est aussi pourquoi le Gouvernement Haïtien renforce son engagement sur les questions climatiques et environnementales, et s’apprête à le porter haut à l’occasion des prochaines échéances mondiales, particulièrement au Sommet des Objectifs du Développement Durable en septembre et à la COP28 de la Convention Climat en décembre.

L’environnement et les enjeux climatiques ne peuvent plus être considérés comme des facteurs marginaux. Haïti dépend de ses écosystèmes pour la sécurité humaine de ses communautés, sa sécurité alimentaire et sa prospérité économique, avec des implications multiples et profondes sur la stabilité même du pays. Dans le contexte du dérèglement climatique, seules des communautés résilientes seront capables de garantir le maintien des fonctions et services vitaux rendus par les écosystèmes, et ainsi briser le cycle de vulnérabilité, d’instabilité et de dégradation que connaît le pays.

Cette réalité est confirmée par une grande étude collaborative et multisectorielle impulsée par le ministère de l’environnement sur la sécurité climatique en Haïti, dont le rapport est en cours de finalisation. Ses conclusions préliminaires soulignent l’urgence que tous les secteurs du pays répondent au défi que représentent les changements climatiques en mettant un accent explicite sur le climat et la paix, avec une démarche axée sur l’inclusion, en accélérant la décentralisation et en plaçant les communautés locales au cœur des projets, et en adoptant des approches d’intervention et des mécanismes de financement à plus long terme, plus ambitieux et plus flexibles.

Il en revient donc aujourd’hui à tous les secteurs d’intégrer les enjeux climatiques et environnementaux dans leurs politiques et plans de développement, et de donner ainsi les outils nécessaires à nos communautés pour assurer à Haïti un avenir digne, durable et apaisé.

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